Mass-média à Madagascar

Décrites précédemment, les diverses influences des mass media se font ressentir de manière plus aiguë dans les pays en voie de développement. C’est tout particulièrement le cas pour Madagascar qui, parmi les grandes régions du monde, et celle où le niveau d’alphabétisation est le plus bas.

« Alphabétisation » … le mot est lâché, et à peine l’avons-nous quittée qu’il nous faut à nouveau pénétrer dans la terminologie macluhanienne.

Madagascar, tout comme l’occident, est en train de vivre sa « mutation », mais ce n’est pas la même ! Il est en train de passer de l’ère tribale à celle de l’alphabétisation. Nous y assistons à l’écroulement des sociétés dites « traditionnelle » qui cèdent le pas aux nationalismes, caractérisés par l’industrialisation. La famille étendue se brise, et les contraintes coutumières se dénaturent, tandis que naissent l’individualisme et l’esprit compétitif. L’individu échappe aux facilités de la micro-histoire pour éprouver les à-coups d’une histoire universelle dont la signification lui est inconnue.

INFLUENCE ECONOMIQUE ET SOCIALE :

Un rôle particulièrement important échoit aux mass media en ce qui concerne l’éducation, et de manière plus générale, le développement économique et social. Le relèvement du niveau d’instruction exige, en effet, pour ce pays, la diffusion de connaissances relatives à l’agriculture, à l’artisanat, aux techniques industrielles, à la santé, à la religion, …

Bien entendu, lorsque l’on veut accomplir en quelques années seulement ce qui a demandé des siècles dans les pays avancés, les méthodes classiques d’enseignement ne peuvent suffire. Les mass media, dont la rapidité, la portée et la force de pénétration sont caractéristiques, trouvent ici les plus grandes possibilités d’action efficace ? Ce faisant, ils contribuent grandement à obtenir l’adhésion de l’auditoire, et sa participation aux efforts de développement du pays.

1 – Journaux et périodiques :

La presse malgache est caractérisée par le grand nombre de publications appartenant au gouvernement, aux partis politiques et aux Eglises. Très peu d’intérêts privés sont en jeu.

De nombreux obstacles s’opposent en effet au développement de la presse :

En premier lieu, il faut noter (malgré les grands efforts de scolarisation) la présence toujours considérable d’analphabètes.

Les problèmes de distribution constituent le deuxième obstacle. Du fait de la médiocrité des services de transport, et ceci au sein de vaste régions à populations clairsemées, les journaux ne circulent guère en dehors de grandes villes.

Enfin, et il s’agit d’une conséquence immédiate, le tirage des journaux est faible. Leur prix de revient est donc élevé, et ne peut pas être suffisamment encore abaissé par l’appoint publicitaire, vu le petit nombre des grandes industries.

2 – Le cinéma :

Le cinéma est en pleine expansion. A la ville, c’est l’activité de loisir par excellence. Il n’est qu’à voir le nombre croissant de salles de projection, et les foules considérables que celles-ci attirent.

Il s’agit bien entendu de salles commerciales, et les films projetés sont du même caractère ; on ne peut guère (sauf très rares exceptions) parler d’influence éducative à ce niveau-là, mais bien plutôt d’acculturation, au sens le plus large et le plus fort du terme : films d’origine indienne, américaine, française et italienne essentiellement. Jusqu’ici, nous n’avons pas vu que deux films malgaches dans ces salles. Le problème est extrêmement grave. Pourquoi cela ?

Tant du point de vue de la production que de l’exploitation, le film est un moyen d’information extrêmement coûteux, et Madagascar n’a pu, jusqu’ici, fournir le double effort nécessaire.

Seuls des films de très court-métrage sont produits localement :

Les bandes d’actualité, à nette influence politique, réalisés par le Ministère de l’information, et qui sont mis en exploitation dans le circuit commercial. Les « actualités » paraissent à toutes les séances de projection et sont renouvelées hebdomadairement, ou bimestres.

Quelques rares films documentaires, ensuite, et n’entrant pas dans le circuit commercial ? Traitant de problèmes sanitaires, agricoles, industriels, ils servent plutôt de support à des campagnes, et sont projetés dans les écoles et les villages.

Hors des villes et des centres dotés d’électricité, apparaît un autre grand problème pour le cinéma à) Madagascar : la nécessité d’un appareillage de projection fonctionnant sur batteries, solide, et résistant à l’humidité du pays. Ces appareils sont extrêmement coûteux, et rares sont les villages qui sont munis, ou qui sont régulièrement visités par des ciné-bus.

Mais paradoxalement, c’est dans ces endroits défavorisés que le film peut trouver sa véritable dimension éducative. Ce qui nous amène à penser que, tout en continuant cette éducation cinématographique, les films fixes, et les diapositives, accompagnés de commentaires ont une valeur informative encore bien supérieure, tout en ayant cet avantage d’être peu chers. Il nous semble qu’un effort particulier devrait être fait dans ce sens-là.

3 – La télévision :

Si la télévision progresse à un rythme extraordinaire dans les pays avancés, son implantation à Madagascar est lente.

Divers obstacles s’opposent à son développement :

Primo, Madagascar manque des ressources financières qu’exigent  la création d’antenne-relais et le fonctionnement de ces antennes ainsi que la station de télévision elle-même.

Secundo, à ce problème s’en rattache un autre : on manque de personnel technique qualifié pour assurer le fonctionnement des émetteurs et l’entretien des récepteurs et des relais.

Tertio, on se heurte, de plus, à la pénurie de ressources locales pour la production de programmes répondant aux besoins de l’auditoire : il faudrait, pour permettre une valeur éducative certaine, des émissions en direct, concernant les événements locaux, et faisant appel au concours des artistes du pays ; il faudrait également des films de télévision réalisés dans le pays même.

Enfin, la télévision sera forcément limitée aux centres urbains jusqu’à ce que les régions écartées soient électrifiées ; et à une certaine élite malgache, le pouvoir d’achat individuel étant, de manière générale, extrêmement faible.

Ceci dit, il ne faut pas s’engager au petit hasard dans la grande aventure de la télévision, et qu’il est nécessaire, pour nous, de procéder à des enquêtes approfondies, de préférence sur le plan régional, pour permettre et assurer un développement efficace et ordonné de ce medium d’information.

Si la télévision doit être le puissant auxiliaire de l’enseignement de masse (scolaire et professionnel), ainsi que de l’éducation des adultes, cela ne peut se faire que grâce à un certain nombre de conditions : adéquations des programmes, augmentation du nombre de récepteur).

4 – La radio :

Elle apporte l’impact et la force de la persuasion que dans le pays en voie de développement. Outil politique, propagandiste, culturel et éducatif, la radio a connu un essor absolument prodigieux.

Grâce à l’invention du transistor, les récepteurs sont devenus bon marché, et très maniables. Ils exercent de plus un puissant attrait, précisément parce qu’ils ne s’adressent qu’à l’oreille et qu’ils touchent ainsi la grande masse des non-alphabétisés.

Néanmoins, les grandes difficultés évoquées à propos des autres media se retrouvent au niveau de la radio :

Profondes différences culturelles existant entre l’auditoire des villes et celui des brousses.

Manque de personnel qualifié pour la production. Ceci provoque parfois une importation de programmes qui conçus dans une optique européenne, et  parfois n’intéressent guère les auditeurs malgaches.

D’où, pour le gouvernement, un souci de plus en plus marqué de multiplier les émetteurs, pour diversifier les contenus des émissions. Mais ceci ne pourra bien évidemment se faire qu’avec une augmentation de personnel qualifié.

Evaluation générale :

Ces différentes remarques sur les mass media à Madagascar nous amènent à quelques conclusions :

Si la presse, le cinéma et la télévision ne s’adressent encore qu’à une infime fraction de la population, celle des villes, seule la radio permet le contact avec les villages les plus isolés (quoique ses programmes soient rarement adaptés à cet auditoire spécifique). De sorte que l’on peut dire, actuellement, que les mass media accentuent le fossé existant entre l’ »élite » malgache des villes, et la masse villageoise de la brousse.  Quantités de jeunes, garçons et filles, désertent chaque jour les campagnes, attiré par l’éclat factice de la ville ou des villes que font miroiter à leurs yeux les films et la radio. Par leur utilisation – souvent trop hâtivement étudiées – les mass media sont loin encore de remplir leur rôle éducatif fondamental.

Ils se heurtent à trois grandes catégories de difficultés :

Géographie et ethniques :

La multiplicité des dialectes, et les grandes diversités de culture.

Financières :

Les mass media sont très coûteux, et le budget de la nation malgache trop modeste pour supporter leur développement harmonieux. Néanmoins, particulièrement en ce qui concerne la télévision et le cinéma, on pourrait imaginer une étroite collaboration, sinon une mise en commun, entre certaines nations voisines, bien souvent de cultures identiques.

Techniques :

Le manque de personnel spécialisé ; il n’existe, actuellement encore une institution pour former de façon méthodique des hommes de radio, de télévision et de cinéma (animateurs et techniciens). Ceux-ci sont formés principalement en Europe, mais l’enseignement reçu est, parfois, mal adapté aux conditions mêmes de travail à Madagascar.

Mais la grande lacune, selon nous, réside dans le manque de coordination des media, aussi bien au plan national qu’international. Il est impossible d’envisager chaque medium d’information séparément : ils sont véritablement complémentaires. Il n’existe, par ailleurs, aucune institution pour la recherche dans le domaine de l’information. Celle-ci est pourtant essentielle – et à Madagascar peut-être plus qu’ailleurs  - pour un développement efficace de l’information.

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