L'utilisation des mass-média par l'Eglise

De par leur vocation missionnaire, les Eglises – catholiques aussi bien que protestantes – ont utilisé, dès leur implantation à Madagascar, des mass media. A l’origine, cette utilisation a été essentiellement intéressée, parce que visant au prosélytisme : alphabétiser, pour permettre la lecture de la Bible.

Mais, depuis quelques années, un nouveau mot un peu vague s’impose aux Eglises : « Aide au développement ! ».

Travailler au développement, c’est travailler pour l’épanouissement de l’homme tout entier (et non plus seulement son âme…), et de tous les hommes, sans distinction d’appartenance religieuse. Œuvrer en vue du développement, c’est sortir des murs de nos chapelles, pour offrir un service désintéressé à la communauté toute entière.

1 – Utilisation traditionnelle des mass media :

Le grand drame du christianisme à Madagascar, c’est qu’il a hérité des siècles de discordes, ce conflits intellectuels et dogmatique qui ne le concernaient en rien , mais qui caractérisent l’histoire de l’Eglise et de la pensée en occident. Ce n’est pas l’Evangile qui a pénétré la grande île, mais des missions rivales, venues en conquérant de tous les horizons : d’Angleterre, de France, de Norvège, des Etats-Unis. Missions catholiques et protestantes, évangéliques, baptistes, anglicanes, … Le résultat de tout ceci se devine aisément.

Il était nécessaire de poser cette toile de fond, pour expliquer l’usage des mass media. Il convenait de convertir les indigènes à ses vues propres, parce que « le but de la mission, c’est la conversion ».

- De tous les mass media (la prédication mise à part) c’est la presse qui  a connu le plus de faveur dans les milieux ecclésiastiques. On peut trouver trois raisons :

.   C’est le moyen d’information le plus ancien, le plus connu (on se méfie toujours de ce qui est nouveau), et certainement aussi le plus facile à utiliser.

.. Chaque mission ou Eglise, si elle en avait les moyens financiers, pouvait avoir « son » journal de liaison, sa petite feuille « bien à soi ».

… Nous nous demandons enfin s’il n’y a pas également une certaine déformation des Eglises à ne reconnaître pour « vrai » que ce qui est « écrit ».

- L’usage de la radio, lui, s’est caractérisé par une très grande méfiance : il s’agit d’une  technique nouvelle, et qui plus est, profane par excellence, puisque gouvernementale. Pour certaines tendances fondamentalistes, ces deux raisons suffisaient pour qu’on considère la radio comme  « l’œuvre de Satan ».

Dès leur implantation, les émetteurs, nationaux ou régionaux, ont offert aux Eglises des tranches horaires sur leurs ondes, de durées variables : cela va d’une demi-heure à deux heures par semaine. La même durée est allouée à l’Eglise Catholique ou aux Eglises Protestantes. La ou lesquelles allaient-elles se charger des émissions religieuses ? De façon générale, sur les émetteurs nationaux, ce sont les Eglises majoritaires qui en ont la charge ; et sur les émetteurs régionaux, les Eglises représentatives de ces régions.

- Il en est allé de même pour la télévision. Ce manque de sérieux dans l’approche des media d’information s’aggrave de par le contenu de cette information, exclusivement pieux. Du fait que la conversion était son objectif, il ne pouvait en aller autrement.

Quant à sa forme, cette information était caractérisée par la paresse, ou par l’orgueil, … ou les deux à la fois.

. « Puisque je parle de Jésus Christ, la forme importe peu »,

.. Ou bien encore : « Je suis pasteur, donc je sais rédiger un journal, ou parler à la radio ! »

2 – Utilisation moderne des mass media :

Grâce à la création d’organismes nouveaux bien spécialisés, d’un style nouveau, une évolution importante se dessine depuis.

Si l’Eglise a alphabétisé le pays, elle se devait également de se sentir responsable de la lecture proposée aux malgaches.

Fournir des matériels pédagogiques d’éducation chrétienne, adaptés à Madagascar, et promouvoir une littérature malgache, tels sont les buts du Centre de Littérature Protestante créé en 1968.

Littérature chrétienne, littérature générale, littérature fonctionnelle, sont actuellement en vente à des prix très modiques.

« Films et cultures » est un organisme œcuménique (Catholique, protestant et anglican) d’éducation cinématographique. Pour parer aux difficultés que rencontre le cinéma malgache, cet organisme a trois buts :

- Donner des cours d’initiation cinématographique dans les écoles,

- Présentation et discussion de film dans les paroisses et dans diverses institutions,

- Organiser des stages de formation (opérateurs et animateurs).

La Radio Voix de l’Evangile : Elle a cinq buts fondamentaux :

- Annoncer au plus grand nombre l’Evangile de Jésus Christ, tel que nous le révèlent les Ecritures, comme seul moyen de salut.

- Fortifier le témoignage des Eglises chrétiennes, par des émissions qui aident les croyants à vivre leur foi.

- Promouvoir l’éducation et la culture.

- Aider les Eglise dans leur travail d’évangélisation.

- Former des hommes de radio qui supervisent les groupes d’auditeurs.

Ces arguments  là nous indiquent effectivement une voie nouvelle, qui se caractérise par trois éléments extrêmement positifs :

- Naissance de vocations nouvelles, parallèlement à une formation des spécialistes, dans les domaines de l’information (littérature, radio, télévision).

- Augmentation considérable de la production et de la diffusion de cette information, jointe à une amélioration sensible de la qualité de l’information.

- Enfin, une prise de conscience de la nécessité de s’adresser à tout l’homme et à tout homme.

Plus préoccupante encore est la relation qui existe réellement entre ces organismes et les Eglises. Sont-ils voulus, acceptés et donc soutenus par elles, ou bien sont-elles seulement tolérées ?

Il s’agit là de questions primordiales, auxquelles les Eglises locales se doivent aujourd’hui de répondre. Quelle veut être leur attitude face à l’information et à ses techniques, et quelle va être, effectivement, cette attitude ?

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